Je ne fais que parler de moi, tout en parlant d'elle : je vais vous la présenter. Elle est seule depuis de nombreuses années, dans une grande maison dans la Drôme, qui ne lui appartenait pas, au milieu d'un grand terrain, loin de tout, dans le silence, le calme et la douceur.
Je crois qu'elle ne s'ennuyait jamais, je l'ai toujours vu occupée, passionnée par la spiritualité, la philosophie, l'astrologie etc.. je n'y comprends pas grand chose mais parfois, la maison sent rudement bon... l'encens et j'aime.
Et puis, soudainement, il y a quatre ans... l'ouragan qui vient tout balayer, tout détruire.. une erreur de diagnostic et la voilà atteinte d'un cancer du sein très avancé. Tout notre fragile équilibre a été brutalement détruit ; atteinte dans sa chair, seule, elle a encaissé, avec beaucoup de courage cette annonce et puis elle m'a dit "Nathan, des yorks vivent jusqu'à 16 ans... tu vas avoir dix ans... alors on en prend pour six années et nous allons nous battre".
A ma bonne habitude, je n'ai absolument rien compris ; j'ai simplement agité mes oreilles comme je sais si bien le faire lorsque nous "discutons" et j'ai pensé ok.
Notre vie alors été rythmé, par la souffrance, les douleurs, les peurs ; je l'ai toujours vu relever la tête, même au plus fort des situations ; elle n'a jamais baissé les bras avec cette rage de vouloir vivre encore et encore. Elle a alors profondément changé, malgré les redoutables effets de la chimio, elle a pris la vie à bras le corps, et chaque jour devint une fête, elle était attentive aux petites joies, parfois insignifiantes pour les autres, mais qui pour elle avaient une toute autre valeur, lorsqu'on sait, que la mort devient votre amie au quotidien et qu'elle n'a de cesse à nous pousser dans nos derniers retranchements.
Un moment, j'ai eu très très peur qu'elle ne me quitte. Mal soignée, ici dans la Drôme, une chance in extrémis s'est présentée au travers d'un oncologue parisien, qui l'a prise en charge, me l'a tirée d'affaire et lui a permis, aujourd'hui de tourner la page et d'en ouvrir une autre, plein d'espoir, de rêves.
Nous avons, durant trois longues années, pris chaque mois, le TGV... quelle horreur ce train... il me fait peur, terriblement peur ; et puis je dois me cacher une partie du voyage car les chiens sont admis difficilement moyennant un billet.. et chut... ne dites rien.. elle n'a jamais pris ce fameux billet.
Je l'ai vu souffrir durant ces voyages, portant sa valise, moi, car étant haut comme trois pommes, je peux vous dire, que manger la poussière, cela me perturbe mais surtout, je suis bousculé, piétiné, écrasé par les uns et les autres avec leurs fameuses valises à roulettes.. Bref, ces voyages ont été un cauchemar pour nous deux.
Nous logions à l'hôtel. Là, j'ai toujours été bien accueilli, en dehors des femmes de chambres, qui sont de couleur et qui ont "peur" de moi... Je trouve cela plutôt rigolo, comment 2200 g de poils pourraient bien avaler une belle et plantureuse africaine.
Chaque matin, elle me laissait durant quatre heures, le temps de sa chimio. J'attendais silencieusement sur le lit. Elle revenait en fin de matinée, toute pâle, très très fatiguée. Et je me désolais de la voir ainsi. Pourvu qu'elle tienne le coup. Allongée sur le lit, je venais me blottir contre elle, ma tête appuyé sur le sein malade ; avec mes petits moyens et tout mon amour pour elle, j'essayais de lui donner un peu d'énergie.
La dernière matinée, elle avait refait la valise, tout était en ordre ; je savais qu'à son retour, un taxi nous conduirait à la gare et nous retrouverions notre maison....
mercredi 18 juin 2008
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